Voilà un mot que nous avons beaucoup trop entendu ces dernières semaines, un mot qui nous fait peur et que nous n’aimons pas. Si depuis le Moyen-âge avec la propagation de la peste, et de nos jours avec la peur des grandes pandémies, le mot contagion est plutôt négatif, il n’en est peut-être pas toujours ainsi.

Le mot de contagion est utilisé dans de nombreux domaines. Dans le monde financier, on parle de contagion des marchés. Quand une crise économique se déclare en Asie, elle se transmet par le biais des marchés au reste du monde et ainsi quand la bourse de Tokyo plonge dans les chiffres rouges, les bourses du monde entier lui emboitent le pas.
Dans le monde de la communication aussi on parle de la propagation de l’information comme de la propagation d’un virus. Le mouvement féministe « Me too » est parti d’un simple Tweet qui est devenu viral en quelques heures : « Si toutes les femmes qui ont été harcelées ou sexuellement abusées répondaient par « #MeToo » nous pourrions montrer au monde l’ampleur du problème ». Sur Facebook, ce message obtint 12 millions de réponses en 24 heures.
En sociologie, la contagion est un phénomène bien connu. L’anthropologue Dan Sperber postule même que toute religion est une contagion. Ce qui, au départ n’est que la pensée et l’expérience d’un seul individu se propage à d’autres individus jusqu’à créer de nouvelles représentations collectives.
Le mot contagion provient du latin : contagio ; de cum : avec, et tangere : toucher. Autrement dit, est contagieux ce qui se transmet par contact et donc au travers des liens sociaux. Avant d’appartenir au lexique médical, le mot était autrefois synonyme d’influence, cette dernière pouvant être négative ou positive. Dans l’idée de contagion, il y a donc dès le départ l’idée que ce que l’on est, ce que l’on porte en soi va influencer d’une manière ou d’une autre, ceux avec qui l’on est en contact pour les transformer de façon irrémédiable.
Il y a deux mille ans de cela, une poignée d’hommes et de femmes sortirent de leur silence : Ils affirmèrent qu’un homme qui avait été crucifié quelques jours auparavant leur était apparu vivant à plusieurs reprises.
Cette nouvelle se propagea comme une rumeur dans les rues de Jérusalem. Jésus, celui qui avait été crucifié par la main des impies était ressuscité, délivré des liens de la mort (Actes 2, 23-24). Ces mots furent répétés et colportés par ses disciples, ceux-là même qui, quelques jours auparavant n’osaient pas se montrer de peur de subir le même sort que leur maître.
Ce que certains considéraient comme une simple farce prit alors une ampleur inédite lorsque les disciples, transformés – non par la fièvre mais par l’Esprit –, se mirent à accomplir des miracles de la même manière que Jésus l’avait fait. À partir de ces évènements, plus rien n’empêcha la nouvelle de se propager.
Depuis Jérusalem, la nouvelle se répandit telle une trainée de poudre en direction de la Samarie et de la Galilée touchant des individus, puis des groupes de plus en plus grands et cela sans l’aide des médias ni d’internet. En un demi-siècle, tout le pourtour méditerranéen fut contaminé et le christianisme devint la religion officielle de l’empire romain.
Être contagieux n’est pas toujours une mauvaise chose. Il est des virus qui rencontrent nos aspirations les plus profondes, des contaminations qui ne sont pas mortelles mais porteuses de vie.
Et si nous devenions tous contagieux comme les disciples le jour de la Pentecôte ?
Isabelle Court